Ce late Fourcades est un dispositif émouvant et radical où le nom de l’auteur rejoint la fugue des variations de l’écriture et du poème en cours. Ces dix-sept textes sont autant de différentes périodes simultanées de Fourcade, faisant écho à l’anglais, late cezannes, par exemple, pour désigner ses dernières œuvres – ou plutôt ici comment la fin, le tard, l’urgence, travaillent l’écriture du poème. On y croise entre autres, dans une familiarité déconcertante qui devient nécessité, Proust, Cézanne, Matisse, Pasolini, David Lynch, Oui, le long film de Nadav Lapid, la voix d’Orson Welles, Rilke et Shakespeare, Emily Dickinson, William Carlos Williams, voix amies et inoubliables. Tressées avec les voix du monde actuel, celles de la guerre, des souffrances, et celles des éblouissements inattendus. Le livre s’ouvre sur une brèche dans un mur : « la fente la plus féminine est celle que Cezanne a pratiquée, en 1902, dans le mur de la façade nord de l’atelier des Lauves qu’il faisait construire ». Par cette fente, le poème est mis à l’épreuve : « il y a une fente qui se propage et s’approfondit dans le fer de la page ».Dominique Fourcade livre un matériau lyrique insoupçonné, traversé de façon rhapsodique par le désir et l’urgence, jusqu’à faire entendre la parole commune, générale, mais d’une intimité bouleversante, qui habite un monde déchiré par le deuil comme par la joie la plus intolérable.