autotune, c’est le nom d’un logiciel de l’industrie musicale pour corriger les notes qui ne sont pas chantées dans le ton juste lors d’un enregistrement ou un concert, utilisé aussi pour les nombreux effets de distorsion sonore qu’il permet. Et ce sont ces effets de voix, de modulations, mouvements de textes, glissements d’échos, et ajustements permanents qui font la virtuosité poétique de ce nouveau livre d’Olivier Brossard. « Le livre est heureux, dit-il, de ne jamais trouver sa voix », car le travail du poème est ici une recherche, une bande texte / son qui s’étire, une écoute ouverte toujours à venir. Surgit alors l’amour et la vieille question de la lyrique amoureuse. autotune est un livre sur l’embarras du sentiment, et celui plus grand encore de nos tentatives de le dire. Test de sentimentalité, il empreinte les lettres et les paroles des autres pour inventer une deuxième personne au spectre large. Livre adressé, peuplé et traversé de nombreux textes d’autrices et d’auteurs. Chez les troubadours, le couple est trois, amour androgyne venant s’unir aux amants ; ici il prend la proportion d’un jeu de rôles et de voix. Chaque section du livre interroge la venue de cet amour qui n’est déjà plus le nôtre, ni le vôtre, ni le leur. Le préfixe « auto » du titre est moins celui des processus automatiques des machines qui déploient leur discours autonome qu’un retour réflexif sur notre activité d’écriture et de composition : remettre du bricolage et de l’assemblage en écrivant les gestes entendus et lus des autres, incorporés, exprimés, traduits.