Le point de départ de ce livre : la pièce de Lucinda Childs Dance (1979) qui a profondément marqué l’histoire de la danse contemporaine. Musique lancinante de Phil Glass et scénographie aérienne de Sol LeWitt. Répétitions hypnotiques, variations infimes, schématisation à l’infini, réglage au millimètre près, des glissements sans histoire, sans effets, un transport quasi imperturbable, une intensité sans aucune affectation. Et par intermittence s’allume un écran invisible, l’image filmée des danseurs se mélange avec les corps vifs devenus des miniatures spectrales. Un véritable vertige. Un dispositif qui ressemble singulièrement à une boite d’optique : les danseurs passent comme les images dans une chambre noire, des présences fantômes, un battement entre apparition et disparition, Dance est un vrai carrousel. Qui a suggéré une échappée vers le récit de Jensen, Gradiva, fantaisie pompéienne (1903), qui montre une femme désincarnée à la démarche si spéciale – presque une danse, dans une ville morte, une chambre noire. Ce livre s’articule donc autour de trois pôles, la chorégraphie de Lucinda Childs dont on a tiré des fils comme elle tire des lignes, Gradiva, le texte de Jensen, et la camera oscura dont se servait les peintres de la Renaissance. Mais en réalité il n’y a qu’un lieu, celui où tout se passe, s’échange, se répond, une chambre d’écho dans laquelle les trois voix forment une ritournelle.