"Joie de vivre, parmi ces machines muettes, au rythme de la vie humaine -le rythme qui correspond à la respiration, aux battements du cœur, aux mouvements naturels de l'organisme humain - et non à la cadence imposée par le chronométreur. Bien sûr, cette vie si dure recommencera dans quelques jours. Mais on n'y pense pas, on est comme les soldats en permission pendant la guerre. Et puis, quoi qu'il puisse arriver par la suite, on aura toujours eu ça. Enfin, pour la première fois, et pour toujours, il flottera autour de ces lourdes machines d'autres souvenirs que le silence, la contrainte, la soumission. Des souvenirs qui mettront un peu de fierté au cœur, qui laisseront un peu de chaleur humaine sur tout ce métal." Témoignages de "la fatigue, accablante, amère", des "humiliations" et des conditions de travail en usine, ces textes portent aussi la voix du dépassement de cette aliénation et notamment, singulièrement, de "la joie", écrit Simone Weil. des ouvrières et des ouvriers s'unissant par la grève au printemps 1936.