Il n’y avait pas d’animal au Moyen Âge. Des cochons et des oiseaux, des bœufs et des belettes, des lapins et des ours, des loups et des abeilles, des licornes même, oui. Mais si les animaux étaient présents en nombre, partageaient leur territoire et bien d’autres relations avec les humains, l’animal en tant que catégorie, tel que nous le connaissons aujourd’hui, n’existait pas. Or l’invention de ce concept ne crée pas seulement une fracture entre les humains et le reste du monde ; elle produit aussi un second partage, moins visible, plus intime, qui donne naissance à une "part animale" au sein de chaque individu. L’objet de cet ouvrage est de témoigner d’un monde, d’une période, qui ignorait cette double coupure et l’a fait émerger. Au croisement de l’histoire religieuse et de l’histoire intellectuelle, de l’histoire de l’art ou de celle de l’alimentation, il met en lumière, notamment par les images, un mode particulier de rapport au vivant et un moment décisif de l’histoire des sociétés occidentales. Maître de conférences à l’EHESS, titulaire d’une chaire d’histoire et d’anthropologie du vivant (xi e-xvi e siècle), Pierre-Olivier Dittmar consacre ses recherches à l’histoire des rapports avec le non-humain : animaux, invisibles ou artefacts.