« Oui, le Président connait mon prénom et mon bulletin médical. Le Premier ministre me tutoie. Une quinzaine d’années plus tôt, j'encaissais des fards à paupières au Monoprix Soldat Laboureur. Un homme m'avait tabassée en me traitant de « sale arabe ». Le trajet a été long. Il commence en Egypte. Quand on me demande d’où je viens, je réponds : du Caire. Parfois, je précise que je suis une chrétienne d’Orient. J’ai grandi dans une famille qui avait des opinions tranchées sur Proust, sur le velours vert empire et sur la bonne manière de devenir quelqu’un. Ma mère avait un taux d’alcool élevé dans le sang et la conviction absolue que les apparences étaient la dernière ligne de défense de la civilisation. Mon père, lui, se battait pour la liberté de la presse et contre les huissiers qui sont arrivés les uns après les autres. Ils ont perdu sur tous les plans. Avec panache. Un jour, j'ai été une fille de bonne famille. Puis une orpheline, une femme et enfin une femme libre. Personne ne m'avait prévenue que ce serait dans cet ordre-là. Ni que ça commencerait un soir d'été 1987, dans le placard de ma mère. » M. B.