« Toi, mon fils, tu m’as tué ! »C’est sur cette phrase-choc prononcée par le père à l’article de la mort que s’ouvre le récit de Karim, le narrateur, qui est né dans une famille pauvre à la fin des années cinquante dans les premières années qui suivent l’indépendance de la Tunisie. Dès son plus jeune âge il est atteint d’une maladie bénigne qui, bien que parfaitement curable, lui coûte pratiquement la perte de la vue de manière durable à l’exception d’un petit résidu à cause de la misère, de l’ignorance et des pratiques archaïques qui prévalaient dans ce genre de milieu. Déjà marquées par ce handicap et ses implications, son enfance et sa jeunesse sont fortement impactées par un climat persistant de tension et de violence domestiques qui affecte tous les membres de la famille. Le récit qui s’étend sur une vingtaine d’années est ponctué par une série de péripéties et d’événements dramatiques dont le point culminant est le suicide du père. En parallèle, le récit reprend une tranche d’histoire de la vie des jeunes aveugles tunisiens et de leurs luttes pour l'émancipation pendant toute une décennie de même qu’il laisse entrevoir en filigrane les traits et les faits saillants qui ont marqué l’histoire de la société tunisienne pendant le quart de siècle couvert par le livre.