Né sous Louis XV, je suis un canapé de velours rouge, façonné pour durer plus que les vies humaines. Depuis plus de deux siècles et demi, je traverse les époques, de salon en salon, sans jamais quitter mon rôle : celui d’un témoin silencieux de l’histoire intime.
Sur moi se sont posés des corps fatigués, amoureux, révoltés ou pensifs. On s’y est aimés, trahis, consolés, espérés. J’ai senti passer les secousses du monde à travers des gestes simples : une main qui tremble, un silence, une conversation... J’ai vu la Révolution, d’abord en murmures, puis en fracas, traversé les guerres. J’ai aussi vu naître des idées, des œuvres, des élans qui ont déplacé l’Histoire depuis l’intime.
Mais ce sont surtout les voix des femmes que je porte en moi, qu’on n’écoutait pas toujours ailleurs, mais qui, sur moi, parlaient librement : savantes, créatrices, insurgées, penseuses. J’ai recueilli leurs confidences, leurs colères, leurs visions du monde.
À travers moi, ce ne sont pas les dates qui parlent, mais les vies, les silences et les émotions qui ont façonné les siècles.