Tendue à vingt mètres au-dessus de la Beauce, cette rampe de béton vient, d’un coup, barrer le paysage qui se découvre du train. Elle devait servir de rail à un véhicule révolutionnaire, un aérotrain conçu pour relier, à très grande vitesse, les centres urbains de la France pompidolienne. Mais l’invention a fait long feu et la structure, elle, est restée, ruine d’un futur jamais advenu. Toute sa vie, Philippe Vasset a fait de ce môle abandonné un domaine, passant des heures, des jours entiers à scruter le paysage comme s’il s’agissait d’un diorama, à observer la vie alentour et les allées et venues en contrebas. Le paysage a changé, en plusieurs endroits la jetée s’est effondré, mais l’auteur a continué d’y habiter, songeant même à l’acquérir et à en déclarer l’indépendance. Que faire de la hantise ? L’écriture peut-elle transformer une retraite en un monument ?