Le sel et les cendres est un livre qui vous prend à la gorge. Entre prose et poésie, Jean-Luc Yacine y dresse le portrait d’une société où les individus ne sont plus que des ombres, des numéros, des dossiers oubliés dans un tiroir administratif. Julien, personnage central, incarne cette humanité brisée : amputé de sa jambe et de ses illusions, il erre entre la jetée battue par les vagues et les open spaces aseptisés, où les employés survivent sous le regard des caméras et des logiciels de productivité.
Pourtant, dans ce monde désenchanté, la poésie persiste. Tantôt cinglants comme des graffitis, tantôt lyriques comme des chants marins, les textes donnent voix aux invisibles : migrants, chômeurs, sans-abri, résistants anonymes. Chaque détail — une prothèse en carbone, un bol de soupe en poudre, un néon qui clignote — devient le symbole d’une époque suffocante. Un recueil nécessaire, à la fois pamphlet et ode, qui rappelle que la dignité persiste, même dans les marges.