"Dans sa cuisine de Vitry-sur-Seine, je demande à Ama, ma grand-mère, de me raconter sa vie autrefois, en Chine dans les rizières, dans l’Indochine française au service du dernier empereur d’Annam, puis en France. Elle répond : à quoi ça sert ? Une histoire de nà quê, ça intéresse qui ? Il n’y a pas de souvenir d’enfance, dis-tu. Rien à quoi m’accrocher pour me représenter ce monde dont tu viens, ce monde que tu veux oublier alors que je ne cesse d’y revenir, d’excaver ta mémoire, notre mémoire. J’ai cherché ce qui nous relie et nous sépare, ce chemin de boue et de poussière, cette distance spatio-temporelle réduite à néant quand nos peaux se trouvent l’une contre l’autre, quand je reconnais le parfum du riz au jasmin et le goût de ta cuisine." Ce roman est une quête des origines, un voyage sur les traces effacées d’une famille française et sino-vietnamienne. Il interroge l’exil et la mémoire, ce dont on hérite ou pas, les traumas et les silences, les fantômes que l’on porte malgré soi, les assignations qui ont façonné chaque génération, l’identité plurielle et métisse. Dans une langue vive, poignante et poétique, Jeanne Pham Tran tente de réparer, avec pudeur et tendresse, le fil brisé de la transmission.