LA TERRE TOURNE… On le sait depuis des siècles. La terre tourne et l’on continue à penser plat et figé. À penser en instantanés. À coup de logique bétonnée, de dialectiques froides ou de systèmes codifiés. Or l’homme porte en lui des stratifications qui permettent de déceler des mouvements faits de périodes ou temps simultanés. Le passé ne meurt pas. Une gestation prodigieuse se manifeste dans l’homme en travail. C’est un homme en chemin à pensée cursive paradoxale. Ses racines restent vives. C’est ainsi, par exemple, que le Celte est loin d’être mort. Il vit à travers le Gallo-Romain, le Français, les scolastiques, le moyen âgeux ou le renaissant, le révolutionnaire ou le bourgeois, l’industriel ou le scientifique. Une spirale fondamentale se déroule au rythme de la nature, au rythme des trois temps de l’homme. Une spirale qui au lieu de se dérouler verticalement (de la terre vers le ciel selon l’image conventionnelle) le fait au fil de la terre, montant d’autant plus dans le ciel qu’elle s’enfonce dans la roche ou la boue. C’est là son jeu paradoxal. Mais l’homme n’est pas un point sur la spirale. Il est la spirale entière qui se vrille, toujours plus au large, toujours plus avant. Cette spirale ne nait pas dans le néant mais dans un certain environnement actif qui d’abord le contient, puis qu’elle contient dès la prise de conscience. C’est le flux vital qui est partenaire essentiel au jeu du paradoxe. Un mauvais mariage des deux peut aboutir à l’impasse du cercle ou à la contre nature du « tuyau de poêle ». Or le jeu de la spirale et du flux vital n’est harmonieux que s’il s’associe convergence et divergence pour aboutir à l’émergence qui est liberté. Le refus de ce jeu, décelable par le jalonnement de la pensée cursive, aboutit au « bourgeoisisme ». Le bourgeoisisme est « l’hérésie vitale » (et non hérésie doctrinale) de notre époque. Il concerne aussi bien marxisme que capitalisme, voire même spiritualisme. L’homme est devenu bâtisseur de cages, lui, qui comme le Celte, était fait pour l’Aventure et non la possession et la tyrannie. Pour déjouer le piège l’homme doit savoir qu’il est fondamentalement paradoxal. C’est-à-dire qu’il doit équilibrer en lui le jeu en apparence contraire de la spirale et du flux vital afin que le vrai de l’un et le vrai de l’autre se fécondent l’un à travers l’autre en un travail d’accomplissement. Il doit ainsi dépasser « l’animal raisonnable », devenant actuellement animal scientifique ; il doit « traverser » l’homme en travail pour aboutir à l’homme en Loisir. Car l’homme est un LOISIR, (une liberté fondamentale) en qui l’homme de nature et l’homme de travail demeurent actifs. Voici donc l’homme en son troisième temps qui n’abolit pas mais accomplit les deux temps précédents. Il peut prendre sa pleine mesure. Aimer non à perdre la raison, mais à dépasser la raison. Non sur-homme ou sur-nature, mais amplitude entière. Il est l’Homme total pour qui le mystère est l’infiniment simple. L’homme qui « passe infiniment l’homme ». Un homme historique d’autant plus appelé àl’infini qu’il a maintenant à relever de nombreux défis. Il est menacé de n’être plus que numéro, ou objet de science, esclave à cage normalisée aux infinis trompe-l’oeil, complice de génocides géants de corps et d’âmes. Il devra lutter pour que l’Homme en totalité puisse connaître et s’exprimer, qu’il soit l’homme de cette terre entière… qui tourne.