Farouk Ier a joué un rôle décisif en Égypte de 1936 à 1952. Discrédité par Gamal Abdel Nasser qui l’a chassé du pouvoir, déconsidéré par sa vie dissolue, cet homme à l’existence insolite éclaire, malgré ses défaillances, l’histoire du Proche-Orient. Dernier descendant de Mohamed Ali, le fondateur de l’Égypte moderne en 1805, Farouk a dilapidé l’héritage de ses aïeux à force de maladresses, de caprices et finalement d’indifférence. En dépit de ces faiblesses, c’est sous son autorité qu’a vu le jour la Ligue arabe, moteur en 1948 de la première guerre contre Israël. C’est sous son règne aussi que les Frères musulmans, nés en 1928 à Ismaïlia, se sont affirmés. Sous leur influence, et par patriotisme, l’Égypte de Farouk a franchi en 1951 un pas décisif vers son indépendance pleine et entière en dénonçant, dans la violence, le traité injuste qui la liait aux Britanniques depuis 1936. Nasser fait écran, particulièrement en France, à ces « années Farouk » qui ont pourtant façonné l’Égypte contemporaine et au-delà le monde arabe. L’homme, un débauché qui répugnait à être roi, aura eu malgré lui un rôle de premier plan.