Alors que plusieurs milliers de variétés de vigne existent dans le monde, sait-on que la grande majorité des vins que nous consommons aujourd’hui proviennent seulement de quatre cépages ? Pourtant, bien d’autres ont existé sur le sol français, majoritaires même dans certains départements, avant d’être interdits à la culture et à la vente, en 1934. C’étaient des vins originaux, appréciés, dont le goût a été perdu avec leur quasi-disparition du vignoble français. Issus de vignes sauvages d’Amérique du Nord rapportées au XIXᵉ siècle, ces « cépages interdits » sont réputés pour leur résistance aux maladies et au réchauffement climatique et nécessitent peu ou pas d’intrants. Aujourd’hui, leur vente reste illégale. Historienne du patrimoine des vins et spiritueux, Fabienne Moreau a cherché à comprendre ce qui vaut leur stigmatisation jusqu’à Bruxelles. Elle revient sur leur origine, interroge l’histoire des pratiques et consommations des vins, reconstitue pas à pas la mise en place de leur interdiction. Accusés faussement de rendre fou, ils ont fait les frais de la surproduction de vins dans les années trente et, sans nul doute, de la faiblesse de leurs partisans. L’auteure, qui a arpenté la France entière à leur recherche, a mené l’enquête dans les archives et les jardins botaniques, mais aussi dans nos vignobles, auprès des vignerons qui croient plus que jamais en leurs qualités, et sont prêts à défendre ces arômes différents…