Antonio Gramsci (1891-1937) est, parmi les traditions issues de Marx, l’un de ceux qui, après le double écroulement du « bloc de l’Est » et des idéologies communistes, a le moins pâti de la disqualification de tout ce qui peut évoquer le marxisme.
En témoigne notamment le fait que son œuvre ait pu nourrir, à une échelle mondiale, la nouvelle historiographie qui s’est développée autour des cultural, subaltern et postcolonial studies.
Si cette œuvre, et en particulier les Cahiers de prison, demeure stimulante, c’est sans doute parce qu’avec une liberté intellectuelle et une érudition hors du commun, Gramsci a su enrichir sa pensée politique d’une réflexion historique exigeante. La vigueur singulière de la pensée gramscienne tient pour beaucoup à son refus de séparer la théorie politique d’une réflexion sur les conditions historiques et les limites propres de la perspective révolutionnaire dans une conjoncture spécifique.
Jean-Yves Frétigné revient longuement sur les apports théoriques de Gramsci et saisit aussi l'occasion de clarifier certains aspects de la vie de l'homme. Gramsci reste en effet méconnu, souvent présenté hors sol, loin du contexte dans lequel s’est développée sa pensée.