Une clinique de l’errance ne se fait pas sans une certaine errance du clinicien. La rencontre de ceux qui sont « sans aveu » et dont personne ne répond, sans-lieu, migrants, exilés, errants, bouscule les repères. Acosmisme de l’exil, d’un mouvement généralisé de marchandises et de personnes, des mondes disparus.
Dans ce mouvement d’aller-vers, c’est la possibilité d’une rencontre qui est visée plus que des objectifs de soins ou de réinsertion. Les formes que prennent ces vies à la rue, les créations de modes d’habiter obligent le clinicien à entrer dans un territoire bricolé, à s’y situer. Une sensibilité psychogéographique peut se déployer : une attention et des égards à des ambiances, des rythmes, des signes et des pratiques. Alors ce travail de cartographie dynamique peut offrir aux sujets rencontrés dans la rue, sur un banc, dans des accueils de jour ou des hébergements d’urgence, autour d’un formulaire ou d’autres objets répondant à des besoins primaires ou aux significations obscures, de nouvelles possibilités d’hospitalité. Hospitalité d’une rencontre dans la communauté des humains et d’un accueil psychique d’éléments en souffrance jusque-là confié à son territoire, à la ville, machine à rêver l’errant.