La jolie ville de Salzbourg était certes, vers l’an de grâce 1756, une des plus « musicantes » qui fussent au monde. Jour et nuit, sur les deux rives de son torrent, et depuis les sommets vénérables de ses trois montagnes jusqu’aux ruelles étroites et sombres qui tournaient entre ses hautes maisons, son air, tiède, mou, toujours saturé d’eau, était également saturé de musique. Musique dans les églises, dans les quinze églises de la vieille ville et les dix d’au-delà du pont. Pas une journée ne se passait sans que plusieurs au moins de ces belles églises, élégantes et parées comme des salons, célébrassent solennellement quelque office chanté, une neuvaine, des vêpres suivies de litanies, la fête d’un saint patron ou un anniversaire. Celles surtout qui dépendaient d’un couvent, — et c’était le plus grand nombre, — se piquaient de posséder une maîtrise parfaite : sujet constant de rivalité entre les bénédictins de Saint-Pierre et les cordeliers de Notre-Dame, entre les augustins de Mülln et les théatins de Saint-Gaëtan. Et, par-dessus ces petites maîtrises, s’en dressait une énorme, celle de la cathédrale, avec ses six orgues, ses deux maîtres de chapelle, ses castrats, son école d’enfants de chœur, son orchestre et sa fanfare : une incomparable assemblée de plus de cent artistes de choix, chantant et jouant à toute heure du jour...
L’enfant, Jean-Chrysostome-Wolfgang-Théophile naquit le 27 janvier 1756, vers huit heures du soir. C’était un garçon, bien petit, à la vérité, et d’apparence bien fragile ; mais, à force de soins, et avec l’aide de Dieu, on pouvait espérer de le garder en vie. Il fut baptisé le lendemain matin, à la cathédrale, sur les vénérables fonts de bronze qui, transportés seulement du côté de l’épître vers celui de l’évangile, servent aujourd’hui encore au baptême des petits Salzbourgeois. Il eut pour parrain un riche négociant du voisinage, Jean-Gottlieb (ou Théophile) Bergmaier, qui donna à l’enfant son prénom de Théophile. On lui donna encore, suivant la coutume, le nom du patron de son jour de naissance, Jean-Chrysostome. Et j’imagine que ce fut la mère qui voulut que, en outre, son fils reçût le prénom de Wolfgang, en souvenir du saint abbé que, dans son enfance, elle était souvent allée prier devant le retable de Michel Pacher, sur l’autre rive du beau lac où elle était née. Wolfgang, toujours désormais les parents allaient appeler leur enfant de ce prénom, le seul qu’ils lui avaient eux-mêmes choisi.
Publication : 28 septembre 2026
Édition : 1re édition
Intérieur : Noir & blanc
Support(s) : eBook [ePub + Mobipocket + WEB]
Contenu(s) : ePub, Mobipocket, WEB
Protection(s) : Marquage social (ePub), Marquage social (Mobipocket), DRM (WEB)
Taille(s) : 179 ko (ePub), 613 ko (Mobipocket), 1 octet (WEB)
Langue(s) : Français
Code(s) CLIL : 3660, 3687
EAN13 eBook [ePub + Mobipocket + WEB] : 9782384698158
EAN13 (papier) : 9782384698073
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