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Résumé

Introduction
Les dialogues du texte et de l’image nourrissent en permanence les créations littéraires et picturales. De Baudelaire célébrant « Le peintre de la vie moderne » à René Char méditant sur Georges de La Tour, la poésie moderne a bien souvent trouvé son inspiration dans la peinture. Mais cette séduction est aussi patente chez les romanciers : Balzac, les Goncourt, Flaubert, Huysmans, Proust, ont chacun à leur manière réfléchi et questionné l’œuvre des peintres. Le phénomène n’est assurément pas récent puisque la pratique de l’ekphrasis (description d’une œuvre d’art, notamment d’un tableau) est fréquente dans la poésie et le roman précieux de l’époque classique, alors que la pratique de l’enluminure et de l’illustration a alimenté depuis le Moyen Âge un dialogue serré entre écriture et figuration.
Le constat serait somme toute banal si la peinture n’avait de son côté pendant très longtemps, et en sens inverse, cherché dans les textes ses modèles d’inspiration et sa légitimité. Jusqu’au début du XIXe siècle en effet, la création picturale s’élabore à partir de sources écrites : le texte biblique, les récits mythologiques, l’histoire, fournissent l’essentiel de ses sujets. C'est aussi par référence à la littérature et en utilisant à leur profit la formule d’Horace « Ut pictura poesis » (« La poésie est comme la peinture »), que les peintres ont depuis la Renaissance cherché une caution leur permettant de gagner le statut d’un « art libéral ». Cette promotion renvoie elle-même à la question du « sens » de l’image, qui a nourri les débats religieux et philosophiques en Occident, et qui, loin de s’épuiser, a trouvé un regain d’intensité avec le développement de l’art abstrait.
Ce n’est donc pas par abus de langage qu’on peut parler d’un véritable dialogue entre peinture et littérature dans la tradition occidentale. Au reste, comment ne pas penser aux nombreux artistes partagés entre ces deux pratiques ? Les dessins de Victor Hugo sont des œuvres accomplies ; ceux de Jean Cocteau sont indissociables de sa production écrite, dont ils éclairent la pente onirique ; quant à Fromentin, l’auteur de Dominique, il est un peintre orientaliste de talent. Symétriquement, le nombre de peintres tentés par l’écriture, depuis la Renaissance, est impressionnant : de Léonard de Vinci et Michel-Ange à Pierre Alechinsky, en passant par Poussin, Gauguin, Van Gogh, Matisse et beaucoup d’autres, à qui l’on doit poèmes, journaux, essais théoriques, correspondances artistiques…
À vrai dire, les rapports entre littérature et peinture sont si nombreux et nourriciers pour chacun de ces deux arts qu’il paraît presque impossible, malgré les découpages des champs disciplinaires, d’envisager l’une sans l’autre. L'idée a même été communément reçue par les théoriciens classiques que la peinture est une « poésie muette », tandis que la poésie est une « peinture parlante ». Mais une telle comparaison risque naturellement de tourner à la facilité, si l’on n’y prend garde. Déjà La Fontaine, à l’époque même où triomphait la théorie de l’« Ut pictura poesis », croyait bon de rappeler que « Les mots et les couleurs ne sont choses pareilles, / Ni les yeux ne sont les oreilles. » (« Le tableau », Contes). Plus de deux siècles plus tard, et alors que la peinture semblait affranchie de son ancienne tutelle littéraire, Matisse formulait cette mise en garde : « Qui veut se donner à la peinture doit commencer par se faire couper la langue » (Écrits et propos sur l’art). Texte et tableau ne sauraient en effet se confondre. Si leur proximité invite souvent à un parallèle, ils demeurent dans un rapport de séduction ou de rivalité. Comme l’affirme Régis Debray, « un bon tableau, dans un premier temps, nous désapprend la parole et nous réapprend à voir » (Vie et mort de l’image). C'est bien sûr par cette tension dialectique entre parole et silence, visible et lisible, que chaque art représente pour l’autre un profond stimulant créateur.
L'objet de ce livre est précisément d’éclairer les différentes modalités de ce dialogue entre les arts, en évitant les simplifications abusives. C'est pourquoi nous avons nettement distingué les plans d’articulation de ces échanges entre tableaux et textes. Au fil de l’histoire, ces deux arts ont entretenu une constante familiarité, soit par des préoccupations communes, soit par des réponses esthétiques semblables aux questions contemporaines (chap. 1). Les fondements de ce dialogue tiennent au statut ambigu conféré à l’image dans la philosophie et la religion occidentales, comme à la genèse d’une pensée picturale qui s’articule, à l’époque classique, autour de l’« Ut pictura poesis » (chap. 2). Si cette caution théorique n’est plus guère alléguée de nos jours, elle est néanmoins prolongée par toutes les pratiques critiques qui visent à faire « parler » l’œuvre, en analysant sa « syntaxe » plastique.

Caractéristiques

Editeur : Armand Colin

Auteur(s) : Daniel Bergez

Edition : 1ère édition

Langue(s) : Français

Code(s) CLIL : 3146

EAN13 (papier) : 9782200266349

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